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Article dépeche du 20/01/2017

Lundi s’achève l’enquête publique sur le projet d’autoroute entre Castres et Toulouse qui a débuté le 5 décembre. Il ne reste donc que 4 jours pour vous exprimer sur ce projet. Ensuite, la commission d’enquête présentera une synthèse des avis et contributions qui ont été émis dans les mairies mais aussi sur le registre électronique sur internet. Enfin, la commission devra rendra un avis et des recommandations.

Au nombre des milliers (!) de contributions apposées sur Internet, certaines peuvent être plus particulièrement remarquées et peuvent peser d’un certain poids. Il en est ainsi de celles des professionnels du secteur de la santé qui livrent un argumentaire différent des habituelles raisons économiques ou démographiques. Il est d’abord question pour eux de santé publique.

Pierre Pinzelli, le directeur du centre hospitalier intercommunal de Castres-Mazamet, plaide ainsi avec force pour la réalisation de l’autoroute. Il s’en explique tout comme Josiane Boularan, chef du service des urgences du Chic. Interviews.

 

Pierre Pinzelli, directeur de l’hôpital : «un enjeu vital pour la santé publique»

Pierre Pinzelli, le directeur du centre hospitalier intercommunal de Castres-Mazamet explique pourquoi il a contribué à l’enquête publique en faveur de l’autoroute.

Pourquoi cet engagement ?

Parce que tout simplement l’autoroute s’affirme comme un enjeu de taille pour la santé publique, un enjeu vital ! Plus vital encore pour les patients que pour l’hôpital…

C’est-à-dire ?

Enfin tout de même, soyons un peu raisonnables : est-il adapté qu’un bassin de vie comme le nôtre, avec un centre hospitalier comme le nôtre, soit à environ 1 h 30 par une route compliquée du CHU de Toulouse. Aujourd’hui n’importe qui d’entre nous peut avoir un AVC ; il est pris en charge au Chic pour y être diagnostiqué via un IRM en neurologie, puis on s’aperçoit qu’il faut faire une thrombectomie et qu’il faut le transférer au CHU : chaque minute de perdue, ce sont 2 millions de cellules cérébrales en moins ! Entre le moment où se déclenche l’AVC et la thrombectomie il ne faut qu’il y ait plus de trois heures ! Alors oui, on va rouler vite sur une route inadaptée parque l’AVC reste la principale cause d’handicap de l’adulte. Il nous faut une voie de communication rapide !

Rouler vite cela veut dire «engagement» de vos équipes ?

Très objectivement, si la route telle qu’elle est aujourd’hui devient très difficile pour les patients qui l’empruntent, elle l’est aussi pour les équipes qui vont au CHU où celles du CHU qui viennent vers nous. Elle est dangereuse pour nos équipages, comme pour ceux des pompiers, qui roulent parfois en se disant que la vie du patient qui est entre leurs mains vaut bien qu’ils prennent des risques. Il n’est pas rare que nos propres équipages nous avouent «oui, on a roulé très très vite…».

Et la voie aérienne ?

Il faut aussi écarter l’illusion de l’hélicoptère : d’abord, il faut qu’il soit libre ; ensuite, il faut que la météo le permette ; il faut enfin, et surtout, que le patient soit stable : un patient dans un hélico ne peut pas être manipulé ; on ne peut pas intervenir. Et donc le transport terrestre reste la norme.

Vous tenez je crois à souligner que l’on ne va pas sur Toulouse que pour les cas vitaux ?

Effectivement, l’autoroute c’est aussi un équipement qui permettrait dans les cas répétitifs de déplacements au CHU ou à l’oncopôle d’améliorer le confort de vie des patients. Mais, on pourrait également évoquer la difficulté de recrutement de médecins : aujourd’hui, l’absence d’une voie de communication type autoroute est un frein majeur dans le recrutement des médecins sur l’ensemble du territoire du bassin sud tarnais, qu’il s’agisse de la médecine hospitalière comme libérale. On peut d’ailleurs inclure dans notre problématique nos amis de Saint-Pons-de-Thomières, associés au Groupement hospitalier, que nous allons aider pour essayer de maintenir une offre de soins. Que recherchent les médecins ? La même chose que beaucoup d’entre nous : une facilité de communication avec le CHU ; la capacité aussi pour les conjoints de pouvoir éventuellement travailler à Toulouse, bassin d’emplois principal. Alors oui, pour ces raisons et bien d’autres, il nous faut cette autoroute et vite…

 

Josiane Boularan, urgentiste : «Il y a 19 ronds points ! Imaginez le patient»

Le docteur Josiane Boularan est chef du pôle du plateau technique et chef de service des urgences du Chic. Elle aussi appelle de tous ses vœux cette infrastructure routière : «Je peux simplement m’exprimer en tant que médecin urgentiste, un service qui emprunte la route plusieurs fois par semaine. Savez-vous combien de ronds-points un équipage doit négocier ? Il y a 19 ronds-points ! Imaginez cela lorsque l’on doit transporter un patient qui ne va pas très bien, voire pas bien du tout. Imaginez un patient victime d’une fracture du bassin ou une femme en voie d’accouchement que l’on va valdinguer sur 19 ronds-points… Et je ne vous parle pas d’une ambulance qui secoue de tous les côtés avec à bord une victime d’accident polytraumatisée notamment au plan neurologique.» Le médecin urgentiste décrit encore : «Lorsque sur notre plateau technique, l’on prend en charge des patients qui ne vont pas bien du tout, on doit les transférer sur Toulouse dans le meilleur temps possible. Les équipes prennent alors beaucoup de risques. Une pathologie AVC par exemple : vous avez 6 heures entre sa manifestation, le début des signes, et la mise en place d’un protocole. Du Chic Castres à Purpan Toulouse, la plupart du temps, il ne nous reste que 45 minutes Cela n’est tout simplement pas possible !» Le Dr Boularan précise : «On peut évoquer alors l’utilisation de l’hélicoptère. D’abord, il n’y en a que deux stationnés sur Toulouse pour toute la région. Si l’un est libre, il lui faut 20 minutes notamment de chauffe, avant de décoller ; il lui en faut 20 de plus pour arriver au Chic ; puis s’ajoute le temps de la prise en charge et 20 minutes encore pour le retour… On voit bien que la plupart du temps, ce ne peut pas être la solution puisque son délai de prise en charge est finalement plus long que par une route inadaptée.» Le médecin hospitalier aborde ensuite une autre préoccupation : «Pour recruter des médecins, c’est toujours très, très compliqué. La plupart résident sur Toulouse puisqu’ils y ont fait leurs études. La route tous les jours l’été, ça peut être sympa, quoi que… Mais l’hiver par temps de pluie ou de neige notamment ! Tout autour en région, la seule ville hospitalière qui n’est pas reliée à Toulouse par une autoroute, c’est nous.»

Et le docteur Boularan d’enfoncer le clou en soulignant : «L’an passé, les urgences ont accueilli 41 000 personnes. En nombre de passages nous sommes donc le deuxième site de la région, derrière Purpan mais devant Rangueil !»

S.B.