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Article depeche 30/11/16 Jean-Louis Etienne : «L’autoroute est la solution la plus évidente»

On connaît son engagement pour l’environnement et la défense de la planète. Et pourtant Jean-Louis Etienne, médecin et explorateur originaire de Vielmur-sur-Agout, est très favorable au désenclavement du sud du Tarn et à l’autoroute. Il évoque ce compromis nécessaire pour sauver l’économie locale.

On ne peut pas soupçonner Jean-Louis Etienne d’indifférence vis à vis de la protection de la planète, du dérèglement climatique et des questions environnementales en général. «Papy Pôle» comme on l’appelait, sud-Tarnais respecté et respectable, a accepté de livrer son sentiment sur le projet autoroutier entre Castres et Toulouse dont l’enquête publique débute lundi. Il explique pourquoi, selon lui, il faut faire cette autoroute.

Que pensez-vous de la liaison actuelle entre Castres et Toulouse ?

J’empruntais déjà cette route quand je faisais médecine à Toulouse, il y a une quarantaine d’années maintenant. Je la prenais régulièrement et ce n’était pas une bonne route. Elle n’a pas vraiment progressé. Je l’ai prise l’autre jour. C’est vrai qu’il y a quelques passages à 3 ou 4 voies mais c’est une route qui reste dangereuse et fatigante. Pour les personnes ou entreprises de Castres ou Mazamet, cette route est un sérieux obstacle. Même s’il y a le train.

Etes-vous favorable au projet d’autoroute?

Quand la question m’est posée, j’ai envie de dire qu’il faut améliorer les choses. Soit on fait une 4 voies à partir de l’existant ce qui est une possibilité car il y a déjà des déviations mais elles sont insuffisantes. Soit il y a, et depuis longtemps ce projet d’autoroute qui émerge. Je sais que l’Etat rechigne a financer cette 4 voies et depuis longtemps. Donc il faut regarder les choses en face effectivement et si l’on veut que le sud du département reste connecté pour développer la partie industrielle notamment, cette solution d’autoroute est celle qui paraît la plus évidente.

Sans aucune réserve ?

Il faut d’abord qu’elle emprunte les déviations qui ont été faites . Ensuite, il faut une certaine intelligence. Que soient limités au maximum les empiétements sur les espaces naturels ou cultivés. Je n’ai pas vu le projet dans le détail mais je sais que l’on fait toujours des mécontents quand on fait un projet tel que celui là. Mais c’est un investissement pour l’avenir, pour le sud du département c’est ce qu’il faut voir.

Vous etes plutôt favorables aux voies rapides donc ?

Une 4 voies, c’est bien. On en voit souvent, c’est reposant. On peut conduire tranquillement. Sincèrement, cette route est actuellement dangereuse. On est obligé de se concentrer tout le temps. Il y a des tracteurs qui sortent. C’est dangereux et compliqué quand on travaille ou que l’on doit aller souvent à Toulouse. C’est épuisant. C’est toujours un crève-cœur que de se dire que l’on va prendre de l’espace sur les champs ou la nature. Mais c’est évident que le sud du Tarn est en train de pâtir énormément d’un point de vue économique. Le développement social et économique est indispensable et on voit bien que cette région souffre de ses connexions. Toutes les régions qui souhaitent se développer réclament une liaison rapide avec leur métropole.

Quel impact l’autoroute peut avoir sur la métropole toulousaine ?

Il me semble que Toulouse devrait profiter de ce désengorgement puisque c’est un véritable désengorgement que l’on nous propose. Toulouse est en train de pâtir de son extension. Regardez les entreprises qui se sont développées le long de l’autoroute vers Albi. Sur les zones de carrefour, entre Lavaur et Toulouse par exemple, il y a pas mal d’entreprises qui se sont mises là parce que le transport est facile, il est rapide. Vous avez du covoiturage qui se fait sur cette autoroute-là et qui se fera aussi entre Toulouse et Castres. L’autoroute doit provoquer un désengorgement urbain et industriel qui devrait intéresser Toulouse.

Vous êtes aussi un fervent défenseur de notre planète. Est-ce compatible avec votre position ?

A un moment donné, on est dans du compromis quoi. C’est pourquoi j’insiste beaucoup sur l’utilisation des itinéraires qui existent déjà. Aujourd’hui, on est dans le compromis inévitable si vous voulez, comme toujours. Je pense que le sud du département pâti sérieusement du handicap routier. Après tout, je pourrais toujours me dire, je m’en fout, je n’ai pas d’activité économique dans le coin et je privilégie la démarche environnementale pure. Et en même temps je regarde, on me parle, je viens souvent quand même et je vois la difficulté qu’ont les entreprises à exister par rapport à une métropole forte comme Toulouse ! Si on ne les aide pas, l’activité économique disparaîtra.

La question du péage est aussi au cœur du débat. Qu’en pensez-vous ?

Si c’est l’État, au sens large, qui fait la route, c’est nous tous qui allons payer avec nos impôts. De toute façon, la gratuité n’existe pas. Ou bien c’est chacun qui emprunte l’autoroute qui paie un peu comme on le fait sur Albi-Toulouse. En échange, cela représente certainement une économie de temps, une économie d’essence, une économie de pollution à l’essence. Il n’y a pas que des inconvénients à l’autoroute à péage. Et si jamais on ne veut pas payer et que l’on a le temps, on peut toujours utiliser la route nationale.

Vous dites «consommer moins d’essence» ?

Ce n’est pas une différence décisive mais quand un véhicule est lancé à vitesse constante, en règle générale et avec les limitations de vitesse que l’on a aujourd’hui, l’inertie de la voiture joue avec vous. La consommation maximale d’un véhicule se produit quand il faut accélérer ou freiner en permanence.

Qu’est-ce qui vous a décidé à accepter de livrer votre opinion ?

On m’a souvent interrogé sur ce sujet et sincèrement j’y ai beaucoup réfléchi. Je me suis inscrit dans une démarche en interrogeant des gens qui sont contre, des gens qui sont pour afin de me faire une opinion. Je me lance donc dans une position qui n’est pas favorable à tout le monde mais sincèrement, je pense que le sud du département va petit à petit mourir si on ne fait pas ce désenclavement. C’est mon leitmotiv.


l’enquête publique débute lundi jusqu’au 23 janvier

L’enquête publique sur le projet d’autoroute Castres-Toulouse aura lieu du 5 décembre au 23 janvier inclus. C’est un moment important dans la procédure au cours duquel tous les citoyens peuvent apporter leurs remarques, propositions, contre-propositions …etc. A l’issue de ces cinquante jours de concertation, le commissaire enquêteur, Jacques Lefebvre et les quatre autres membres de la commission devront recenser, classer et analyser les contributions. Un mois après la clôture de l’enquête publique, la commission d’enquête doit remettre son rapport et ses conclusions.

Au cours de ces cinquante jours d’enquête publique, une bonne trentaine de permanence seront tenues pour recevoir le public à Castres (dès lundi matin) mais aussi dans les principales villes concernées par le tracé de la future autoroute. La consultation comprend bien sûr la partie nouvelle entre Verfeil et Castres bien sûr, intégrant les deux déviations existantes de Soual à Verfeil. Mais aussi le doublement de la bretelle A680 entre Verfeil et l’A68, l’aménagement des échangeurs, la mise en conformité des documents d’urbanisme …etc. A noter que tous les documents seront disponibles en ligne (tarn.gouv.fr) et que l’on peut aussi déposer ses contributions directement sur Internet.


Une figure emblématique

Médecin et explorateur français natif de Vielmur sur Agout, Jean-Louis Etienne aujourd’hui âgé de 70 ans, est connu pour ses multiples expéditions dont la plus célèbre reste celle qui lui a permis d’atteindre le pôle nord en solitaire en 1986. Ses expéditions en Arctique ou Antarctique étaient à but scientifique et aussi pédagogique. Fervent défenseur de la planète, des pôles et du climat, il prépare actuellement une mission Polar Pod Expédition, dans l’océan Austral. Cette campagne se fera à bord du Polar Pod, une plateforme océanographique conçue pour dériver dans le Courant Circumpolaire.